Le même jour où Sharon Morgan témoigne, un ancien enquêteur de police, Antoine Lautee, raconte à la commission ce qui, selon lui, est arrivé à Gilbert Morgan, quatre mois avant le coup d’État. Le 7 février 1977, Lautee est officier au sein du Département d'enquêtes criminelles (CID) des Seychelles. Il est chargé d'enquêter sur la disparition de Morgan. Lautee explique que Morgan était un ami personnel et qu’ils s'étaient rencontrés à de nombreuses occasions pour boire un verre et discuter. Il décrit Morgan comme une grande gueule. "La dernière fois que j'ai vu Morgan, c'était au restaurant Le Barrel, en ville, et dès qu'il s'est approché de moi, il m'a dit qu'il ne savait pas combien d'armes Albert [France Albert René] avait mais qu'il savait combien il en avait sur l'île aux Récifs", une petite île près de Mahé, raconte Lautee.
Avant d’appeler cette personne à cesser de vivre dans la souffrance et la peur, et à se manifester pour demander pardon et permettre à la famille de tourner la page. "Si vous venez et acceptez ce que vous avez fait, ce que Albert [René] vous a ordonné de faire – ôter la vie de mon père, en d'autres termes le tuer – malgré toute la colère qui est en moi, je peux pardonner. Vous pouvez m'aider à aller de l'avant et peut-être que vous pouvez aussi avoir la conscience tranquille. Nous pourrons alors tous les deux laisser enfin l'âme de mon père reposer en paix", plaide-t-elle. Près de 43 ans après la disparition de son père, Sharon Morgan a témoigné devant la commission vérité des Seychelles. Raconter la perte Pour Sharon Morgan, témoigner, c'est aussi faire connaître publiquement les conséquences personnelles de la perte de son père pour une enfant de 3 ans.
"Morgan était connu pour être une pipelette et le président James Mancham [aurait pu] entendre parler du coup d'État. C'est pourquoi ils se sont débarrassés de lui", déclare Lautee. Tué par des gens qu'il connaissait Après la disparition de Morgan, Lautee s’était souvenu de sa conversation avec lui au sujet des armes à feu et c'est la raison pour laquelle il avait mené son enquête sur l'île aux Récifs. "Je crois que Gilbert Morgan connaissait la personne qui l'a appelé au bord de la rue à l'hôtel Reef, et qu'il lui faisait confiance. Selon sa femme Silvia, Gilbert [est allé] dans la rue parler à plusieurs personnes qu'il connaissait, y compris Phillippe D'Offay [un homme lié à la mort de Davidson 'Son' Chang-Him, le 5 juin 1977] et beaucoup d'autres, dont je ne mentionnerai pas les noms ici", déclare Lautee.
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L'ancien policier pense que Morgan, un entrepreneur en électricité, préparait en fait un coup d'État. "A ce moment, je lui ai demandé de quoi il parlait, mais notre conversation a été interrompue car une autre personne nous a rejoint", dit Lautee. Selon l'enquêteur, Gilbert Morgan était mécontent du gouvernement dirigé par le président James Mancham. "Je crois fermement que Gilbert préparait un coup d'État en même temps qu'Albert René préparait le sien", affirme Lautee, qui fonde son allégation sur le fait que, lors d'une recherche au domicile de Morgan après sa disparition, il est tombé sur un livre dont une page avait été marquée "la naissance d'un président". Lautee affirme également que Morgan était au courant du plan de préparation d’un coup d'État par René et que René aurait pu avoir peur que Morgan en informe Mancham.
Lorsque Morgan a quitté l'hôtel, il a en effet laissé sa bière et son paquet de cigarettes sur la table, "une indication claire qu'il allait revenir", explique Lautee. Au cours de son enquête, l'enquêteur de police se souvient avoir interrogé deux pêcheurs qui ont déclaré avoir vu un bateau rempli de gens, naviguant vers l'île aux Récifs. Ces hommes étaient armés et leur ont fait peur. Les pêcheurs "m'ont dit qu'en passant devant le bateau, ils ont pu voir Albert René qui essayait de se cacher au fond de l’embarcation.
"Je suis ici aujourd'hui parce que nous, les Seychellois, victimes du régime culte d'Albert René, avons souffert et souffrons encore pour nos pertes. Nous avons tous perdu quelque chose de grande valeur. Tous nos droits humains ont été violés par l'État", déclare-t-elle. "Le fait que mon père m'ait été enlevé très jeune a eu de l'importance. Beaucoup d’importance. Je sais que ma vie aurait été très différente s'il était encore en vie. Quelle qu’ait été l'ambition irresponsable d'Albert [René], elle était stupide.
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